Zoom sur une jeunesse vulnérable

Pour éviter la propagation de la COVID, la très grande majorité des étudiants n’a pu retourner sur les bancs de la fac depuis l’annonce du second confinement. Isolés chez eux, ils tentent de faire face à la détresse psychologique, conséquence d’un quotidien 100% numérisé et aseptisé.

Se lever tous les matins, se connecter des heures durant sur zoom pour écouter un professeur, être témoin au fil des semaines du décrochage des camarades de promo (qu’on n’a pu côtoyer qu’un mois à la rentrée en septembre dernier), voir ses projets de stage ou d’Erasmus tomber à l’eau ; et puis, pas de bars ni de cafés pour maintenir le lien social, pas de soirées étudiantes non plus, pas de pratique de sports collectifs, une vie culturelle et associative très limitée…

Des témoignages sur les réseaux sociaux marqués des slogans #PérilEtudiant et #EtudiantsFantômes se multiplient pour tenter de tirer la sonnette d’alarme sur la réalité de la vie étudiante, car la situation est grave, le nombre de tentatives de suicide est en augmentation. Un étudiant sur quatre a des signes de dépression ou des idées noires. Dans certaines classes, un étudiant sur deux est en décrochage. Autre point, ces cours en ligne imposés creusent les inégalités entre ceux qui ont l’équipement informatique adéquat, mais aussi un lieu d’habitation leur permettant de s’isoler pour rester concentrés, et ceux qui n’en ont pas. Souvent pour éviter de se sentir trop isolés, par confort ou bien pour des raisons financières et éviter ainsi de payer un loyer, les étudiants ont fait le choix de revenir chez leurs parents. Ceux qui peuvent compter sur le soutien financier de leur famille s’en sortent généralement plutôt bien, mais pour les autres, la situation devient très compliquée.

L’offre des contrats étudiants s’est également tarie, coupant ainsi les revenus d’un bon nombre d’étudiants parfois obligés de se tourner vers les associations d’aide alimentaire. 40% des étudiants ne reçoivent aucune aide de la part de leur famille. Selon la Croix Rouge, ces trois derniers mois, la demande de panier alimentaire pour les étudiants a doublé.

Précarisation de la jeunesse

Moins médiatisée que la situation des étudiants, la situation des jeunes non-diplômés par exemple n’en reste pas moins préoccupante. Ces jeunes qui passent d’un contrat précaire à un autre (CDD, intérim…) sont les premiers à subir de plein fouet les dégâts collatéraux des crises économiques et celle résultant de la COVID ne fait malheureusement pas exception. D’autres jeunes sont également touchés par cette explosion de la précarité : les jeunes diplômés, qui débarquent sur le marché du travail, les jeunes mères isolées qui sont déjà en temps normal la catégorie la plus fragile, les migrants… A cela s’ajoute la problématique du logement, notamment dans certaines zones du Pays Basque nord où le prix des loyers atteint des niveaux vertigineux. Le prix du logement dans certaines villes comme Biarritz et Saint-Jean-de- Luz, ne permet plus à une majorité de jeunes de pouvoir suivre. En passant par une agence immobilière, les dossiers de jeunes qui n’ont pas de CDI ne sont même pas ouverts, à moins d’avoir dans son entourage un garant ayant des revenus assez conséquents pour se porter caution.

Filet social

Dans ce contexte où, dans le même temps, le coût de la vie augmente et les revenus baissent, les trous du filet social se font sérieusement ressentir chez les jeunes majeurs. Au vu de la situation, certains parlementaires et associations plaident pour étendre les droits du RSA aux jeunes de 18-25 ans, ce que les membres du gouvernement continuent de refuser en bloc.

En 2018 déjà, 19% des jeunes d’Iparralde de moins de 30 ans étaient sous le seuil de pauvreté contre 12,2% pour l’ensemble de la population. Avec la crise de la COVID, il est certain que ce phénomène ne s’est pas résorbé et qu’il continuera d’augmenter dans les mois à venir.

La nécessité de se donner les moyens est là ; il nous faut maintenant prendre le sujet à bras le corps pour éviter le maximum de pots cassés mais aussi obtenir des améliorations profondes et durables. C’est d’ailleurs peut-être le moment d’expérimenter le revenu minimum garanti pour toutes et tous ou bien de sérieusement étudier la faisabilité du revenu universel. Au-delà d’un intérêt passager sur la situation des jeunes, ou de la gestion des crises successives, il est nécessaire de questionner aussi la place des jeunes dans la société et de les intégrer dès le début d’un processus de réflexion.

Il le faut si l’on veut, d’une part, trouver des solutions réellement adaptées aux premiers concernés, pour désamorcer la méfiance des jeunes envers les institutions, et enfin, pour oser de vrais changements sociétaux. A notre échelle, continuons le travail déjà bien amorcé par le Conseil de développement du Pays Basque pour que, pas à pas, la Communauté d’agglomération devienne, dans les faits, l’échelle la plus compétente pour répondre aux besoins des jeunes.

On pourrait s’inspirer de la Communauté autonome basque qui a, par exemple, créé un conseil de jeunes, Euskadiko Gazteriaren Kontseilua. Un Conseil des associations de jeunes en Iparralde était déjà préconisé en 2013 par le Conseil de Développement. La mise en place d’un observatoire de la jeunesse au Pays Basque pourrait également être un premier pas stratégique pour répondre aux spécificités du territoire. En plus de voir son futur hypothéqué, la jeunesse sacrifie son présent pour préserver les personnes à risques, subissant en silence cette précarisation rampante.

Si l’on ne veut pas nourrir la montée de la défiance vis-à-vis d’une société qui peine à faire une place à sa jeunesse, il va falloir trouver des solutions pour qu’elle puisse reprendre son avenir en main. Cela nécessitera une vraie prise de conscience, ainsi qu’une volonté politique. Mais il s’agit d’un enjeu structurant pour notre avenir commun.

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