Nous avons appris en lisant Sud-Ouest le 20 octobre que la section Sud Pays Basque du groupe politique En marche dénonce la posture « démagogique », « idéologique », « irresponsable » et « politicienne » des élu-e-s abertzale à propos du déploiement de réseau 5G. Rien que ça !

Laurent Blanquer, porte-parole local du parti d’Emmanuel Macron et du gouvernement français estime même que nous « confisquons un débat essentiel ».

Mais qui confisque le débat ? Qui est aujourd’hui au pouvoir en France et passe en force, sans concertation, sur le dossier de la 5G ?

Quelques rappels sur ce dossier
La 5G se veut une technologie évolutive capable de répondre à la croissance des usages existants et le développement de nouveaux services : réalité virtuelle, transports intelligents, objets connectés, télémédecine ou encore éducation en ligne. Notons que dans un pays comme la Chine son développement bien avancé sert essentiellement à décupler la vidéo-surveillance de la population.

Le Gouvernement a mandaté l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire (ANSES) pour qu’elle produise un rapport. Cette agence souligne d’ores et déjà « un manque important, voire une absence de données relatives aux effets biologiques et sanitaires potentiels dans les bandes de fréquences considérées ».

En juin dernier Elisabeth Borne -ministre de la Transition Ecologique- déclarait dans le Journal du Dimanche qu’elle avait interpellé, conjointement avec le ministre de la Santé Olivier Véran, le Premier Ministre pour attendre l’évaluation de l’ANSES avant d’entamer le déploiement de la 5G.

Le rapport n’est pas encore rendu, les conclusions ne sont pas connues et pourtant les « responsables » politiques français accélèrent le dossier. Le Gouvernement a lancé les enchères en vue d’attribuer les nouvelles bandes de fréquence.

Par ailleurs, les objets électroniques connectés sont des gros consommateurs d’énergie. Contrairement aux affirmations largement exagérées du Secrétaire d’Etat au numérique Cédric O, la 5G n’entraînera pas une baisse de la consommation énergétique. Si à terme une antenne 5G devrait consommer moins qu’une antenne actuelle, l’usage de plus en plus important de ces réseaux entraîne une hausse de la consommation. L’Autorité de Régulation des Communications Téléphoniques des postes et de la distribution de la presse (ARCEP) démontre même que sur les 5 dernières années le volume de données mobiles consommées par les Français a été multiplié par dix !! Sans compter l’empreinte écologique de la fabrication des antennes 5G dont la portée est d’ailleurs moindre que les actuelles (il en faudra donc plus sur le territoire), les impacts du renouvellement des téléphones et autres objets électroniques… Au final le bilan écologique sera catastrophique !

Toutes ses raisons expliquent notamment que la Convention citoyenne pour le Climat s’est clairement prononcée en faveur d’un moratoire. Proposition qui n’a reçu que le mépris du président français.

Cette énième « révolution » numérique que l’on veut nous imposer doit faire l’objet d’un vaste débat sociétal et d’une évaluation environnementale. Désirons nous un monde de plus en plus connecté, où les relations humaines passent principalement par les réseaux sociaux et les écrans interposés. Un monde où tout va toujours plus vite, basé sur une croissance sans limite, une mondialisation effrénée qui tue l’économie locale ? C’est bien la question des usages numériques qui doit être posée car au-delà des expositions aux radiofréquences, il faut aussi se pencher sur les effets psycho-sociaux délétères que peut induire l’hyper connexion généralisée.

EH Bai est à l’écoute des associations qui jouent un rôle primordial de lanceur d’alerte depuis de nombreuses années dans différents domaines.

Loin de confisquer le débat, les élu-e-s abertzale dans les mairies dans lesquelles ils/elles siègent ont plutôt fait le choix de le porter en Conseil Municipal ou en Commission Territoriale. Un élu communautaire abertzale a par ailleurs interpellé le Président dès le Conseil Communautaire du 26 septembre afin que le débat se poursuive dans les instances de la Communauté Pays Basque. Nous espérons que Jean René Etchegaray permettra la tenue de ce débat autour de l’instauration d’un moratoire. Dans le même temps, nous espérons que la Vice-Présidente à la Transition Ecologique et Energétique qui a également la charge de la Participation Citoyenne, Martine Bisauta, saura se faire le relai de cette demande.

Loin de porter un message idéologique creux, c’est une position argumentée et réfléchie que défend EH Bai. Nous dénonçons le virage anti-écologique du Gouvernement et de la majorité En Marche. Ce n’est pas en faisant passer les mouvements qui questionnent la 5G pour des arriérés et des ennemis du « progrès » que le débat public s’en trouvera grandi. En agissant ainsi LREM assume clairement la responsabilité de l’accélération de la logique mortifère du capitalisme, cause du réchauffement climatique qui nous mène directement dans le mur.