La situation spéciale que nous vivons aujourd’hui accentue les inégalités sociales que nous connaissons depuis toujours. Les personnes vivant dans des logements insalubres, les familles qui n’ont pas les moyens de bien se nourrir tous les jours, les migrant-e-s, les personnes vivant dans la rue, vivent le confinement de manière plus dure. Comment ne pas penser également aux femmes et enfants battu-e-s. La violence conjugale dans le cadre de vie confiné peut vite prendre une ampleur bien plus dramatique qu’à l’accoutumée.

Même si nous subissons tou-te-s la crise, nous ne la vivons pas de la même manière. Ainsi, si la plupart des entreprises ont dû cesser leurs activités beaucoup d’employé-e-s de secteurs dit « primordiaux » continuent de travailler. Ces travailleurs-travailleurses que le système capitaliste maltraite de manière systématique : agriculteurs, éboueurs, transporteurs, boulangers, salarié-e-s de supermarchés et autres… La plupart de ces dernières sont des femmes et subissent des conditions de travail précaires pour un salaire ridicule.

Face à cette situation, le gouvernement français a fait passer une loi pour déclarer l’état d’urgence sanitaire. Des mesures sont nécessaires pour activer la gestion de crise. Pour autant, il est inacceptable d’en profiter pour mettre un coup supplémentaire aux droits sociaux, au code du travail. Nouvel assouplissement des 35 heures, imposition de congés payés par l’employeur durant le confinement et interdiction de poser des congés cet été à la reprise, allongement de la durée minimale de travail hebdomadaire, facilitation du travail de nuit et le dimanche… Autant de mesures qui feront payer aux travailleurs-travailleuses les mesures sanitaires prises aujourd’hui. Il faudra être très vigilant-e à ce que ces mesures d’exception ne s’installent pas dans la durée, sous prétexte de résorber les conséquences économiques de cette crise. Si nous pouvons entendre qu’un effort sera nécessaire il est hors de questions que ce soit de nouveau les mêmes qui trinquent.

On peut considérer qu’il y aura un avant et un après Coronavirus. A la sortie de cette crise, il s’agira de ne pas revenir à la « normalité » productiviste et consumériste. Le modèle économique ultra libéral et globalisé en vigueur démontre à quel point il est vulnérable aux effets qu’il a pourtant lui-même engendrés (crise climatique, économique, sanitaire). Les premiers signaux envoyés par le Gouvernement indiquent une volonté de relancer l’économie de manière intensive, sans changer le logiciel. La planète respire mieux depuis quelques jours, mais ce court répit ne suffira pas, il faut un changement en profondeur.

Les semaines et les mois qui suivront cet épisode de crise intense seront des moments de mobilisation et de lutte pour imposer d’autres orientations répondant aux urgences sociales et écologistes. Il faudra réfléchir à comment bifurquer puis dépasser les logiques du système capitaliste. La crise actuelle montre que bon nombre d’alternatives que nous connaissons ici sont le ciment d’une société plus juste, plus autonome, plus respectueuse de l’environnement et moins sujette aux caprices du grand capital. La consommation en circuits-courts, la relocalisation de l’économie, la défense du service public de santé, d’éducation, des services sociaux sont autant de piliers nécessaires pour traverser la crise engendrée par le Coronavirus, mais également pour construire un monde plus soutenable, plus souhaitable et finalement plus durable. Nous considérons que le projet abertzale de gauche et écologiste que nous portons depuis des décennies et qui repose sur la souveraineté (dans plusieurs domaines tels qu’alimentaire, énergétique, politique…) est adapté au monde que nous devons construire. Un monde où chacun trouve sa place, qui ne réponde pas aux logiques capitalistes et productivistes, qui respectent chacune et chacun des citoyen-ne-s et préserve la planète.

Même si cette année nous somme obligé-e-s de vivre le premier mai confiné-e-s, nous nous joignons à l’appel de LAB, CGT, EBA, Aitzina et Bizi. Nous aussi, à 11h50 nous serons à nos fenêtres pour faire entendre haut et fort nos revendications.