Dans son intervention Macron a mobilisé de nombreuses s références progressistes : de la Révolution française avec « l’utilité commune seul base de la distinction sociale » au Conseil National de la résistance avec le retour des « jours heureux ». Il a évoqué une nouvelle répartition des richesses ainsi que la solidarité internationale avec l’annulation massive des dettes africaines.

Il a aussi donné des gages à tout l’arc des forces politiques en évoquant la sobriété carbone, la planification, l’indépendance financière, les relocalisations des filières économiques. Bref une tentative de créer l’union nationale pour faire face à la situation.

Mais ce beau discours ne doit pas cacher les vrais enjeux à l’œuvre. La stratégie du gouvernement est le financement de l’économie par la dette. A savoir, emprunt et crédit pour relancer la machine économique sans rien changer de fondamental et de structurel au fonctionnement mortifère du capitalisme.

D’ores et déjà des voix s’élèvent pour dire que l’effort sera important pour rembourser ces dettes ce qui signifie qu’il faudra appliquer les recettes connues : austérité, allègement des charges donc réduction des moyens de l’État, travailler davantage et recul des droits du travail… Quant à mobiliser des fonds pour la transition écologique, on verra plus tard.

En matière de gestes barrières auxquels nous nous habituons il en est un à appliquer d’urgence : la distanciation entre MEDEF et gouvernement. Répondant aux injonctions des grand patrons, le président Macron annonce une réouverture progressive des écoles à partir du 11 mai. La France réouvrira ses écoles afin de libérer les parents au service des grandes entreprises et de leurs actionnaires. Dans le même temps, les TPE et PME resteront majoritairement fermées car n’auront pas toujours les moyens d’appliquer les conditions sanitaires nécessaires.

Il n’y aura jamais d’ajustement spontané du capitalisme : tout dépendra de la capacité des mouvements sociaux, syndicaux et politiques à proposer une autre sortie de crise et à mettre en avant des projets alternatifs du local au global.

L’urgence est de retrouver la maîtrise collective du système bancaire et pour cela « confiner la finance » : la mise sous contrôle public et démocratique du système bancaire et financier permettra un financement direct des investissements publics de transition à taux zéro Avec cela, et seulement si c’est nécessaire, on pourrait envisager la création de monnaie par la Banque centrale.

L’enjeu n’est pas de relancer l’activité « comme avant », mais de l’orienter radicalement vers des objectifs plus égalitaires et écologiques. Cela ne peut se faire qu’à la condition d’effacer une partie des dettes contractées durant la crise, car certaines pertes de chiffre d’affaires le seront définitivement. D’autre part il faudra conditionner les aides aux entreprises à la réorientation de la production vers la satisfaction des besoins fondamentaux, que l’on mesure au quotidien pendant cette période de confinement, aux dépens des besoins artificiels créer par la dynamique productiviste du capitalisme. De même, la transformation en coopératives des entreprises privées soutenues est une autre piste à explorer ainsi que la réappropriation sociale des grandes entreprises multinationales.

On mesure l’ampleur de la tâche et l’importance du rapport de force à construire. Première urgence, comprendre, analyser collectivement, s’armer idéologiquement pour ne pas se laisser berner par de belles paroles. Afin de construire de larges coalitions et mobilisations autour des enjeux de la période post-confinement. C’est ce à quoi EH Bai, à l’échelle d’Euskal Herria et de ses modestes moyens, veut pleinement participer.