Le mouvement politique EH Bai va se réunir prochainement en assemblée générale. Dans le mouvement abertzale, les AG ont toujours marqué un moment fort. Parfois même, au temps des scissions, un moment de tension qui consistait de part et d’autres, à montrer ses biscoteaux. Les temps ont changé et l’engouement pour ces rendez-vous s’est estompé.

Aujourd’hui encore, EH Bai continue de faire le pari de ces grandes assemblées pour assoir les  décisions et orientations politiques au plus près de sa base militante. Mais, comme tout autre mouvement politique, le nôtre n’est pas à l’abri du vent de désintérêt, voire de défiance, envers la pratique et parfois l’existence même des partis politiques.

Alors que nous rappelons ces jours-ci comment démarrait, il y a un an, le mouvement des Gilets jaunes, il n’est pas inutile de rappeler la crise de légitimité de l’Etat, des institutions et du modèle politique actuel que ce mouvement a mis en évidence. La fronde des Gilets jaunes s’est construite dans le rejet de la structuration. Ce principe qui en a fait sa force, en a aussi fait quelque part sa faiblesse. Et finalement, le pouvoir est parvenu à éroder le mouvement à coups de répression policière et judiciaire.

Il est temps de penser un nouveau modèle politique qui redonnera toute sa place aux habitants, un modèle qui permettra à tout un chacun de se réapproprier les décisions concernant son quotidien et son avenir. Il faudra être inventif. Mais je peine à imaginer le modèle d’émancipation qui n’incluera pas, parmi ces composantes, une représentation politique des différentes revendications et projets de société au sein des institutions. Sans expression ou représentation politique directe, y a t-il vraiment émancipation ?

L’erreur serait de confondre la prise en main de la chose politique par les citoyens et le monde politicien tel qu’il nous est servi par les hauts responsables politiques, avec son lot d’aberrations, d’indécence et de mépris. L’erreur serait de laisser aux mains des élites politiques et économiques le terrain de la politique et de cantonner les classes populaires et moyennes au terrain des mobilisations de rue et de la contestation.

EH Bai a l’ambition d’incarner un mouvement qui rassemble ces deux fonctions: résister , contester, débattre et construire depuis les institutions (renouvelées) l’alternative à l’actuel modèle libéral, climaticide et socialement injuste. Le mouvement abertzale et nombre de personnes issues de celui-ci ont organisé des luttes et construit, des décennies durant, des projets structurants pour le Pays Basque. Il est temps de donner à cette lignée dynamique une expression politique solide. Le prochain rendez-vous est donné à tous les abertzale, le 7 décembre pour l’assemblée générale d’EH Bai. Le suivant sera donné en mars à l’ensemble des habitants, et surtout habitantes, pour se saisir des conseils municipaux.

Non, la politique ce n’est pas sale ! Réapproprions-nous les décisions, saisissons nous de la vie politique locale.

Article d’opinion paru dans Mediabask.