Réformes du lycée, du bac, enseignements de spécialité, option, parité horaire, immersion, expérimentation… Le méli-mélo de l’enseignement semble peut-être complexe, voire insaisissable pour les non initiés. Et pourtant, c’est une partie importante qui est en train de se jouer.

Les différentes filières d’enseignement en basque font face à des menaces lourdes. Les postes d’enseignants manquent dans les ikastola. Dans les sections bilingues, les seuils d’effectifs préconisés ne sont plus respectés, les heures enseignées en basque diminuent. Au lycée, l’enseignement du basque est mis en concurrence avec d’autres enseignements. On en vient même à envisager des aberrations pédagogiques, comme celle qui consiste à enseigner dans le même temps à un groupe d’élèves en section bilingue et à des élèves unilingues !

Personne ne peut contester qu’une part de plus en plus grande des familles du Pays Basque Nord souhaitent que leurs enfants soient bascophones. Dans un contexte où la transmission familiale ne se fait plus, c’est l’école qui doit assurer la formation de locuteurs bascophones. Et c’est le chemin entrepris ces dernières décennies.

Mais la réalité montre que l’école assure trop peu cette mission. La faute n’en revient ni aux enseignants qui tentent d’assurer l’impossible, ni aux élèves qui, malgré l’engagement en section bilingue durant des années, ne maîtriseront, pour certains, que trop peu l’euskara, du fait d’une exposition beaucoup trop limitée à cette langue.

Mais en ce qui concerne le temps scolaire, l’augmentation de l’exposition à la langue basque, et donc l’amélioration de son niveau de maîtrise par les élèves, passera par la généralisation de l’immersion dans les premières années de scolarisation, et par une véritable parité horaire jusqu’à la fin de la scolarité au lycée. Ainsi, l’école pourra prétendre assurer aux élèves, évaluations à l’appui, le niveau de maîtrise de langue d’un locuteur indépendant, voire expérimenté.

C’est dans ce sens qu’il faudrait prendre la problématique : fixer des objectifs en terme de formation de bascophones, et adapter les modèles d’enseignement, et donc les moyens, à ces besoins. La logique en vigueur actuellement consiste, à l’inverse, à faire des coupes sombres sur les moyens humains, et à voir ce qu’il reste après. La priorité du gouvernement actuel est celle de l’allégement des dépenses publiques, comprendre : le démantelement des services publics, y compris l’éducation.

Cumulée à une indifférence voire une hostilité envers les langues dites régionales (clairement assumée par Mme Gourault par exemple), cette logique comptable signe l’arrêt de mort par agonie de l’enseignement en basque dans le système éducatif public. Elle condamne les ikastola à d’âpres batailles pour faire reconnaître et respecter leur modèle éducatif.

Localement, prise de conscience et pression populaire et institutionnelle seront indispensables pour obtenir un traitement spécifique de l’enseignement en basque, avec des moyens propres. C’est la survie même de notre langue qui en dépend.

 

Opinion d’article paru dans Mediabask