Nous adressons un salut chaleureux à toutes celles et tous ceux qui sont venus aujourd’hui à Donibane Garazi. Nous pensons également aux abertzale réuni-e-s en ce moment-même à Pampelune.

EHBAI et EHBILDU avons voulu réitérer le choix du travail en commun, de l’accumulation des forces et de la collaboration en faveur de la construction nationale et de la transformation sociale basée sur la diversité. C’est pour cela que nous avons lancé un appel commun à la société basque pour participer à l’Aberri Eguna 2019 à Pampelune et Saint Jean Pied de Port.

L’Aberri Eguna est un jour de référence et d’une importance particulière pour les abertzale que nous sommes, c’est le rendez-vous de la revendication de la nation basque et de notre identité.

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L’Aberri Eguna est la journée de toutes celles et tous ceux qui vivent en Pays Basque. C’est la fête de notre patrie, celle de nous toutes et tous. Celle de ceux qui la ressentent comme telle depuis tout petit, celle de ceux qui veulent d’un Pays Basque libre qui, en commençant ici, souhaitent changer le monde. C’est également la patrie de celles et ceux qui, bien que vivant ici, n’ont pas encore commencé à aimer passionnément le Pays Basque.

Nous, habitant-e-s du Pays Basque sommes rassemblé-e-s autour de notre langue et notre culture, nous composons un pays qui a le souhait de vivre et de réunir ses 7 provinces.

Nous avons réussi à maintenir vivantes la langue et la culture que nous ont léguées nos ancêtres. Nous sommes également le fruit des échanges permanents avec les autres langues et les autres cultures du monde. De ce fait le Pays Basque est multiculturel. Il est pluriel sur le plan des territoires, des paysages, des langues, des cultures, des réalités sociales…

Et notre projet politique souhaite faire écho à cette pluralité y compris pour l’avenir. Pour faire face au modèle d’uniformisation qu’ils ont voulu nous imposer, nous proposons un projet intégrateur qui prend en compte et respecte la diversité.

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Siècles après siècles, la France et l’Espagne ont tenté d’assimiler notre pays.

Depuis que la révolution française de 1789 avait effacé les institutions territoriales, le Pays Basque Nord n’a jamais cessé de se battre pour être reconnu et même si ce n’est qu’un tout petit pas, obtenu grâce à la lutte de longues années, le Pays Basque Nord est enfin reconnu depuis janvier 2017.

La volonté d’exister et la négation à laquelle notre peuple fait face nous ont amené à cheminer de manière différente. Cette lutte a pris des formes diverses selon les périodes.

Le 4 mai prochain cela fera un an qu’ETA aura été dissout. Mais il faut toujours rappeler que le conflit que vit notre pays n’avait pas commencé avec la création d’ETA ou d’IK et ne s’est pas terminé avec sa disparition. Les raisons qui ont amené à la création d’ETA et d’IK perdurent encore et toujours. La confrontation violente n’a pas été le choix des basques. Le choix de notre peuple a été celui de ne pas se laisser faire, de ne pas se laisser écraser, de ne pas disparaitre. Le choix de vivre, de rester debout. Notre pays a fait le choix de la résistance. Comment ne pas avoir une pensée émue pour tou-te-s les militant-e-s qui ont emprunté un jour ce chemin de la résistance.

Des dizaines de réfugié-e-s et de déporté-e-s à travers le monde, plus de 250 prisonniers politiques dont certain-e-s sont gravement malades. Nous devons faire en sorte qu’ils-elles retrouvent leur liberté immédiatement, dans ce combat de leur libération chacun-e d’entre nous a de quoi faire.

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Nous fêtons aujourd’hui un peuple et un pays qu’ils ont essayé d’assimiler durant des siècles et que nous reconstruisons pas à pas.

Nous avons su conjuguer le fait de faire face aux tentatives d’assimilations centralisatrices à la revendication d’un autre modèle de société, plus émancipateur et plus juste.

Grâce aux nombreuses mobilisations des dernières décennies, nous avons obtenu la première reconnaissance institutionnelle que le Pays Basque Nord attendait depuis la révolution française. Même si la Communauté Pays Basque n’est pas notre objectif, nous devons saisir l’opportunité de construire un espace de travail commun aux trois institutions qui co-existent en Pays Basque, en respectant le rythme ainsi que le contexte politique et social de chacun.

Nous devons utiliser cette occasion pour « faire nation », pour « faire pays ». Comme le disait Telesforo Monzon, nous recomposerons pièce après pièce le vase cassé de manière à créer et obtenir un nouveau vase.

La création de la Communauté Pays Basque est un pas considérable, mais seulement une étape qui ne peut en aucun cas pleinement assouvir notre désir. Car elle ne permet pas d’assurer la survie de notre territoire ni la pérennité de notre langue et surtout qu’elle ne donne pas aux basques l’opportunité de décider eux-mêmes.

Pour assurer l’avenir de notre pays nous devons aller plus loin que cela. D’autant plus qu’en face les attaques ne se sont pas calmées bien au contraire. Les réformes et déclarations récentes du gouvernement viennent prouver cela.

Les déclarations récentes de la ministre Gourault montrent encore une fois la volonté du gouvernement français de remettre en cause le système d’enseignement immersif.

Ils tentent d’entraver le chemin de la paix en montrant des signes d’arrêt voire de recul.

En Corse également, l’attitude lamentable de l’état français nous donne le ton. En opposant une fin de recevoir systématique aux demandes légitimes de la majorité, ils piétinent avec le plus grand mépris l’avenir démocratique du peuple corse.

Chaque jour qui passe et le quotidien lui-même, fait apparaitre de plus en plus clairement que seule une gestion par les habitant-e-s du Pays Basque pour les habitant-e-s du Pays Basque nous assurera les garanties dont nous avons besoin et auxquelles nous aspirons.

Et comment fait-on cela ? Comme nous l’avons fait jusque-là… Pas à pas, chacun dans son secteur : en préservant les terres, en utilisant l’euskara et en le transmettant, en soutenant l’économie, en luttant contre les dégâts causés par le capitalisme, en rendant la solidarité effective…

En donnant un sens commun à nos actions, en agissant comme pays et en regardant vers le monde qui nous entoure.

Le référendum de novembre dernier en Kanaky nous montre que lorsque la volonté existe, le cadre légal permet d’autoriser l’exercice du droit à l’autodetermination. Et nous souhaitons féliciter et applaudir nos amis de Kanaky pour tout le travail qu’ils ont produit et qu’ils continuent de mener dans le cadre de ce référendum.

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Tout ce que nous avons obtenu jusque-là et le travail que nous continuons de mener aujourd’hui constituent nos victoires de demain. Pas à pas, continuons à construire le Pays Basque !

La lutte durant de nombreuses années et les mobilisations populaires ont permis d’obtenir la première reconnaissance du Pays Basque Nord. Nous sommes maintenant pleinement impliqués pour aller plus loin, construire les étapes suivantes et travailler au contenu de cette institution.

Il nous faut acquérir toutes les compétences nécessaires et la capacité de construire pour assurer l’avenir du Pays Basque et construire une société plus juste, un Pays Basque plus souverain et où l’on peut vivre en euskara. En agissant depuis la base et pour la base, nous imaginons un Pays Basque réuni, fort de ses 7 provinces.

Nous lançons un appel à toutes celles et tous ceux qui œuvrent en faveur du Pays Basque commune par commune, secteur par secteur, en faveur d’un projet émancipateur pour notre Pays.

Vive le Pays Basque !