Révolte des gilets jaunes : des maux et des mots

Une des vertus de la révolte des gilets jaunes est de réactiver des débats comme celui concernant l’injustice et les inégalités sociales. Sur ces sujets que disent par exemple, des intellectuels rigoureux comme Thomas Piketty qui est un des meilleurs spécialistes des questions fiscales en France ? Son diagnostic est sans appel. Le système fiscal français est totalement injuste, car pour les 5 % les plus riches, toutes contributions confondues (impôts et cotisations), au lieu d’être progressif, il est devenu régressif : c’est-à-dire que les contributions des plus riches sont proportionnellement plus faibles que celles des autres catégories. De même, l’ISF est censé faire fuir à l’étranger les détenteurs de patrimoine. C’est totalement faux, car depuis 1990, le nombre et les montants de patrimoine déclarés à l’ISF sont en constante hausse. Loin d’être un impôt inefficace, il est, au contraire, de plus en plus efficace. La conclusion que l’on peut en tirer est que la révolte des gilets jaunes est totalement justifiée.

Face à ce constat, E. Macron dissimule mal son degré zéro d’empathie à l’égard des personnes en difficulté, comme en témoigne sa remarque méprisante à l’adresse d’un chômeur : “il n’y a qu’à traverser la rue pour trouver du travail”.

De même, malgré sa tentative actuelle pour mobiliser les maires à ses côtés à l’occasion du grand débat, sa déclaration faite à un forum du quotidien Le Monde en 2015 selon laquelle être élu député relève d’un “cursus honorum d’un ancien temps” atteste du peu de considération qu’il porte en son for intérieur pour les élus de terrain. Il n’a d’ailleurs échappé à personne qu’il a boycotté le Congrès des maires de France en novembre dernier…

Mais comment comprendre l’entêtement d’E. Macron à ne pas vouloir réinstaurer l’ISF dans sa totalité ? Comment expliquer que, malgré une crise sociale majeure qui a engendré nombre de dégâts matériels, mais surtout des centaines de blessés, et même des morts, ce Président ne daigne pas changer le cap d’une politique qui a déjà occasionné tant de dégâts sociaux ? L’aveuglement d’E. Macron est totalement incompréhensible, si ce n’est à considérer comme nous l’expliquent les sociologues Monique et Michel Pinçon-Charlot, que la bourgeoisie d’affaires ayant contribué à son accession au pouvoir l’exhorte à mener, coûte que coûte, et jusqu’au bout, sa croisade libérale. Lors d’un déplacement de lancement du grand débat, E. Macron a estimé que si certaines personnes en difficulté “font bien”, d’autres “déconnent”. Là encore, il devrait faire preuve d’humilité, car en matière de c… personne n’est exempt d’un jugement sévère de ses (con)citoyens… Puisque dans cette affaire, chacun y va de son appel à la raison, je m’y joins modestement, en suggérant à ceux qui ont soutenu E. Macron en Pays Basque Nord qu’ils seraient peut-être bien inspirés de se distancer de son aveuglement idéologique…


Article paru dans Mediabask

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