La majorité des Kanaks n’a pas choisi la France

Du point de vue du pouvoir parisien, le référendum en Nouvelle Calédonie le 4 novembre dernier relevait d’un réaménagement institutionnel sur l’un de ses territoires. La même logique inadaptée prévaut en ce qui concerne les réponses aux revendications émanant de Corse ou du Pays Basque.

Mais pour l’ONU, la Nouvelle Calédonie est l’un des 17 territoires non décolonisés dans le monde.

Après 165 années de colonisation, de spoliation et une politique de peuplement qui a rendu le peuple kanak numériquement minoritaire sur sa terre, la question de la relation entre la Kanaky et la France reste entière.

Ainsi, des décennies durant, deux conceptions du monde et de l’organisation de la société que tout oppose ont été contraintes de cohabiter. L’une, commaunautaire, coutumière, spirituelle, liée à la terre. L’autre basée sur la démocratie représentative, le centralisme, le développement industriel. Ces conceptions antinomiques perdurent et les résulats du référendum les illustrent parfaitement : les régions majoritairement kanaks ont voté OUI et les régions où la population est essentiellement d’origine européenne ont voté NON.

A entendre Macron exprimer sa “fierté que la majorité des Calédoniens aient choisi la France”, on ne peut s’empêcher de lui rappeler que jamais un peuple n’a été amené à se prononcer sur son désir d’être colonisé ou non par une puissance étrangère. Paradoxalement aujourd’hui, on demande aux Kanaks d’exprimer à la majorité qu’ils veulent sortir de la tutelle de l’Etat dont ils n’ont pas choisi d’être dépendants.

Néanmoins, toutes les analyses s’accordent à dire que les résultats confortent les indépendantistes, en plaçant le nombre de voix favorables à l’indépendance au delà des pronostics.

La posture très confiante de Michael Forrest, représentant du FLNKS invité par EH Bai à la veille du référendum, m’avait interpellé. Je réalise à présent que, plus que l’optimisme d’un parti devant une échéance électorale, il s’agissait de la sérénite d’un peuple en marche vers sa souveraineté, patiemment et pleinement engagé dans le long processus issu des accords de Nouméa, “parce qu’on le doit à nos ainés”, répétait M. Forrest.

En plus de l’attachement à leur identité et leurs coutumes, les Kanaks aspirent à la pleine souveraineté pour enfin tourner la page de la colonisation et rattrapper des décennies de ségrégation (encore aujourd’hui l’accès au logement, à l’emploi, aux diplômes est largement défavorable aux Kanaks), mais aussi pour faire face aux enjeux du nouveau siècle : en terme de santé, de qualification des jeunes générations, de gestion des ressources locales, sans parler de la question centrale de la montée des océans.

Les accords de Nouméa prévoient la tenue de deux référendums supplémentaires d’ici à 2022. La forte mobilisation, et notamment celle des jeunes, au rendez-vous du 4 novembre dernier, laisse la porte ouverte à l’optimisme pour les Kanaks, ainsi que pour tous les peuples sans Etat qui aspirent à leur indépendance.

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