“Pour savoir où l’on va, il faut savoir d’où l’on vient”

En août Jean Grenet a octroyé une large interview au quotidien Berria. Cette interview est intéressante car elle permet de porter un regard rétrospectif sur les évènements de ces dernières années. Comme le dit le vieil adage : “norat joan jakiteko, nundik jin jakin behar”.

Sur le fond aucune surprise. On trouve dans l’interview pas mal de choses qui font “tiquer” un abertzale (c’est un euphémisme !…), mais je n’en retiendrais que deux, qui me semblent fondamentales. Le processus de paix d’abord : selon Jean Grenet, les responsables politiques du Pays Basque Nord n’avaient pas à s’impliquer dans la dynamique de résolution d’un conflit basque qui a suscité des centaines de morts… L’opération de Louhossoa, l’initiative des artisans de la paix, la journée du désarmement du 8 avril 2017 étaient “hors propos”, et la statue de la paix de mauvais goût. De même, Jean Grenet ne voit pas d’un bon œil la création d’une première institution à l’échelle du Pays Basque Nord avec la mise en place de l’intercommunalité. Il souligne qu’il n’est pas fan des révolutions, et qu’il adhère plutôt à une logique de développement. Mais justement, construire une paix durable, doter un territoire d’une véritable institution : n’avons-nous pas là deux évolutions qui, sans être révolutionnaires, contribuent de façon essentielle au développement de ce pays, en termes économique, social et culturel ? En essayant de prendre un point de vue historique, je me suis posé une seconde question à la lecture de cette interview : toutes ces évolutions auraient-elles été possibles si Jean Grenet avait encore été maire de Bayonne ? Je crois que la réponse est on ne peut plus claire : c’est non. En fait, deux fois non. Car une des qualités de Jean Grenet est d’exprimer clairement ses opinions, on sait qu’il se serait opposé à ces avancées. Par ailleurs, la ville de Bayonne occupe un rôle central dans l’échiquier politique du Pays Basque Nord, et plus que jamais ces dernières années, elle a assumé son rôle de capitale du Pays Basque Nord.

Quelques semaines plus tard, une autre interview a attiré mon attention. Celle d’Henri Etcheto dans Sud-Ouest, il y a quelques jours. Il y affirme qu’il “ne fuira pas ses responsabilités”. Ce qui signifie en clair qu’il se verrait bien occuper le fauteuil de maire de Bayonne en 2020. De façon incongrue, cette perspective m’a suscité le même type de questionnement que l’interview de Jean Grenet. Si Henri Etcheto avait été maire de Bayonne, dans les deux domaines fondamentaux que j’ai abordés précédemment, aurait-on connu en Pays Basque Nord les évolutions positives de ces dernières années ? Je pense que la réponse est clairement non. Henri Etcheto (malgré ce qu’on a pu croire un moment) a voté contre l’intercommunalité. Et il a exprimé de façon retentissante son opposition au processus de paix à l’occasion de l’inauguration de la statue pour la paix.

En conclusion, je remercie Jean Grenet pour son interview, car elle m’a convaincu qu’à l’heure d’aborder l’échéance de 2020, il sera important que les abertzale gardent en tête le vieux proverbe : “pour savoir où l’on va, il faut savoir d’où l’on vient”.

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