Vous êtes élu municipal dans le groupe de la majorité. Quel travail menez-vous ? Quels sont vos axes de travail ?
La première chose a été de « découvrir cette nouvelle fonction » : fonctionnement, connaissance des dossiers en cours, nouer une relation de confiance avec les agents municipaux… Ce premier travail est très important. 34 ans que
la même majorité siégeait à Baigorri ! Après, nous sommes tous conscients de pourquoi nous avons souhaité rentrer au conseil municipal. Notre liste n’est pas une liste abertzale, même si les abertzale y ont une grande place. La volonté commune qui nous anime est celle de faire participer les baigorriars à la vie communale et faire entendre et

respecter la voix de Baigorri dans les instances où ce n’était plus le cas… Et surtout, nous souhaitons retisser le lien entre la commune de Baigorri et ses habitant-e-s. Nous promouvons le travail en commun et la connaissance mutuelle, aussi bien au niveau communal qu’avec les autres communes de la vallée de Baigorri, ou encore avec nos premiers voisins navarrais. Baigorri a un gros potentiel mais qui est resté inexploité pendant des années. Nous souhaitons exploiter ce potentiel culturel et associatif pour développer Baigorri économiquement et culturellement.

Un chantier immense donc !
Il y a peu, quand la question des réfugiés était au cœur de l’actualité, Baigorri a décidé d’en accueillir. Comment avez-vous délibéré ? Avec quelles conséquences ?

La délibération a été prise naturellement. Nous savions que VVF Villages avait la volonté de travailler avec le gouvernement français pour l’accueil de réfugiés. Un de nos adjoints a proposé que notre VVF en accueille. La proposition a été adoptée à l’unanimité, l’opposition ayant aussi voté pour. Quand la demande officielle du Préfet est arrivée, notre réponse était déjà prête ! Baigorri a toujours été une terre d’accueil : en 1914 et 1939, nous avions accueillis des belges, en 1936 nos frères et sœurs basques et des espagnols républicains, en 1980 des réfugiés basques et, en 1993, des bosniaques, quand la guerre sévissait en Yougoslavie. A une époque beaucoup de baigorriars ont été accueillis en Amérique… il nous semble logique, aujourd’hui, selon nos moyens, d’en faire autant. Excepté quelques

remarques négatives, il faut souligner que l’implication des baigorriars a été exceptionnelle ! Dès novembre, quelque 80 personnes ont proposé leur aide : sport, musique, cours de français, ballades en montagne, cuisine, aide pour les déplacements… Les baigorriars se sont pleinement investis. Et nous avons également reçu de l’aide de l’ensemble du Pays Basque nord !
En 2016 un gros défi attend le Pays Basque nord concernant son avenir institutionnel. Vous vous êtes positionnés en faveur de l’EPCI unique. Qu’apporterait-il ?
Ces 30 dernières années nombreux sont les diagnostics et les études menés par le Conseil de Développement et le Conseil des Elu-e-s qui démontrent la pertinence du périmètre Pays Basque nord pour mener des politiques publiques efficaces. Certains outils développés à l’échelle du Pays Basque nord ont déjà été mis en place (EPFL, EEP). Il est temps, en 2016, que notre territoire se dote d’une véritable organisation institutionnelle. C’est ce que permet l’EPCI unique : un budget, des financements et des compétences propres (qui iront en se renforçant ces prochaines années). Par ailleurs, Côte et l’Intérieur connaissent des problématiques communes, même à des échelles différentes : prix du foncier, installation d’entreprises, accueil de nouveaux arrivants, gestion de l’eau de la source à la mer, liens entre producteurs agricoles et consommateurs, avenir de la langue basque, besoin criant de services de proximité aux niveaux social et  administratif, etc… L’EPCI nous donne pour la première fois un minimum de pouvoir pour construire notre avenir comme nous l’entendons. Même si, en tant qu’abertzale, ce n’est pas l’outil institutionnel que nous revendiquons, l’EPCI unique est une étape importante.
Dernière question. En plus d’être conseiller municipal, vous êtes aussi élu à la Communauté des Communes et membre du Conseil des Elu-e-s. Comment voyez-vous votre travail d’élu au sein de ces différentes instances ?
C’est un travail très intéressant. Tout d’abord, je peux porter la voix de Baigorri à différents niveaux et dans différentes structures. Ensuite, je peux faire part à Baigorri de problématiques plus générales dépassant le simple cadre communal. Je ne suis pas le seul dans ce cas. Etre présent au sein de ces différentes instances est très enrichissant. Nous apprenons à développer une réflexion globale, entre tous, tout en tenant compte de nos problématiques locales. Nous nous apercevons que nous avons les mêmes problèmes et les mêmes interrogations que les autres communes ou Communautés de Communes. Et surtout, vu le contexte global actuel qui empêche de
travailler chacun dans son coin, nous apprenons la solidarité. Comme le soulignait un militant d’EH Bai de Baigorri,
« Baigorri n’a pas d’avenir sans Euskal Herri mais Euskal Herri n’a pas d’avenir sans Baigorri ! »